16 mars 2025
Fauré Quartett
Piano et cordes
Fauré Quartett © Tim Kloecker
Biographie
Erika Geldsetzer - violon
Sascha Frömbling - alto
Konstantin Heidrich - violoncelle
Dirk Mommertz - piano
Fondé en 1995 à Karlsruhe, en Allemagne, durant le 150ème anniversaire de Gabriel Fauré, le Fauré Quartett fait désormais autorité dans le monde de la musique de chambre. Ses quatre membres enseignent dans les universités de Berlin et de Munich, en plus d’assurer la direction artistique du festival Festspielfrühling Rügen. Le Fauré Quartett est actuellement quatuor en résidence à l’Université de musique de Karlsruhe.
Avec sa signature en 2006 d’un contrat d’enregistrement avec Deustche Grammophon, le quatuor avec piano se constitue une discographie d’une grande richesse comprenant des œuvres de Mozart, Brahms, Mendelssohn, Mahler et Strauss. Son récent album consacré à Moussorgski et Rachmaninov propose des arrangements inédits pour quatuor avec piano des Tableaux d’une exposition et des Études-Tableaux.
Le Fauré Quartett s’illustre par ailleurs sur la scène internationale pour ses propositions musicales innovantes et audacieuses, qui sortent des sentiers battus. En témoignent des collaborations avec le compositeur allemand Sven Helbig et le chanteur, musicien et compositeur montréalais d’envergure internationale Rufus Wainwright, ainsi que des performances dans des lieux atypiques tels que le club de nuit Berghain à Berlin ou le cabaret Le Poisson Rouge à New York. 7e concert au LMMC.
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Notes
L’œuvre de Mel Bonis a longtemps été reléguée aux oubliettes avant que des recherches historiques récentes ne permettent de la réhabiliter. Pourtant, la compositrice a été prolifique – son catalogue comprend plus de 300 œuvres – et a joui d’une très bonne réputation auprès de ses pairs comme de la presse. C’est César Franck qui a fait en sorte que la jeune femme puisse accéder à un Conservatoire exclusivement masculin en 1876, et Saint-Säens a louangé sa musique. Son Quatuor pour piano et cordes no 1, op. 69, a été très bien reçu lors de sa création en 1905; le Mercure Musical l’a notamment qualifié de « très féminin, sans être efféminé », ce qui traduit bien sûr les a priori de l’époque. Ce quatuor présente une singularité certaine par rapport au genre du quatuor avec piano, s’éloignant de la dialectique contrastante de la forme sonate pour plutôt adopter des changements graduels de caractère, ainsi qu’une progression tonale originale (si bémol majeur, mi bémol majeur, sol mineur se terminant en majeur, puis sol mineur de nouveau).
Il a fallu à Brahms près de deux décennies pour terminer son Quatuor pour piano et cordes no 3, op. 60. En trame de fond, on retrouve la mort imminente de Schumann au moment des premières esquisses, et le dilemme du jeune Brahms, attaché à son ami mais déjà amoureux de Clara. À travers quelques remarques sibyllines et sarcastiques adressées par Brahms à son biographe et à son éditeur, rapprochant son œuvre de l’image d’un homme pointant un revolver sur sa tempe, on saisit l’influence possible des Souffrances du jeune Werther de Goethe. Le thème de Clara transposé, repris à Schumann, peut être entendu dès le début du premier mouvement, et sa structure déstabilise en ce que la récapitulation est jouée en sol plutôt qu’en do. Le scherzo, faisant alterner un premier thème saccadé et un second plus plaintif, se distingue par son absence de trio et sa forme durchkomponiert. L’Andante constitue sans contredit le cœur de l’œuvre, avec son thème au violoncelle suivi par un apaisant duo avec le violon. Enfin, le Finale annonce une certaine forme d’angoisse par son solo de violon sur un mouvement perpétuel en croches. Les deux derniers coups d’archet permettent de se demander si le jeune Werther n’a pas appuyé sur la gâchette…
Dvořák a mis quatorze ans avant de composer son deuxième Quatuor pour piano et cordes, op. 87, à la suite de demandes insistantes de son éditeur Fritz Simrock. Après une affirmation franche du premier thème, qui sera réitéré dans le thème de fermeture et la récapitulation, le premier mouvement oscille entre vigueur et lyrisme, avec quelques épisodes passionnés. Le mouvement lent introduit cinq thèmes différents, qui feront tous l’objet d’une reprise légèrement variée, dont le quatrième présente une intensité dramatique qui rehausse un mouvement somme toute assez calme. Le troisième mouvement, auquel l’utilisation de la seconde augmentée – fa dièse dans la gamme de mi bémol majeur – confère une tonalité tzigane, rappelle à certains égards le scherzo de la Symphonie en sol majeur du compositeur par sa forme en trois parties et le caractère analogue du matériau thématique. Le quatrième mouvement présente des interactions chargées entre les parties, et déconcerte par son introduction dans la tonalité homonyme mineure du ton principal de mi bémol majeur, pour ensuite revenir à cette dernière à la conclusion.
Catherine Harrison-Boisvert
Programme
BONIS Quatuor pour piano et cordes
(1858–1937) no 1 en si bémol majeur (1905)
BRAHMS Quatuor pour piano et cordes
(1833–1897) no 3 en do mineur(1875)
DVOŘÁK Quatuor pour piano et cordes
(1841-1904) no 2 en mi bémol majeur (1889)
Marianne Schmocker Artists International